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mardi 18 novembre 2008

Tocqueville : en démocratie, le goût excessif des jouissances matérielles affaiblit la force morale des citoyens

Tocqueville (1805-1859)


 

Il y a un passage périlleux dans la vie des peuples démocratiques. 

 

Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux même, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la propriété de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. (….)

 

Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de la vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps, la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.

 

Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond de son cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)

 

Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple.
commentaire n° : 2 posté par : crozonette le: 25/10/2008 16:05:17

lundi 15 septembre 2008

RESF prépare un grand rassemblement à Vichy les 3 et 4 novembre à l'occasion de la conférence européenne sur la gestion de l'immigration organisée par Hortefeux

Les 3 et 4 novembre prochains, le ministre de l'Immigration et de l'Identité Nationale, Hortefeux, organise une conférence européenne sur la gestion de l'immigration.

Dans le contexte de la Directive retour adoptée par le Parlement européen, le gouvernement français veut faire adopter un Pacte européen sur l'immigration et l'asile, pour faire de l'Europe une forteresse. Seront présents tous les ministres de l'Intérieur et de la Justice de l'Union Européenne, et 200 autres députés, sénateurs, représentants de régions, etc.
Et pour accueillir tous les officiels européens de la chasse à l'immigré, la France a choisi Vichy ! Venant de la droite française décomplexée, affirmant vouloir casser l'héritage de la résistance, en finir avec la repentance, martelant que « le travail rend libre » (comme il était inscrit au fronton du camp d'Auschwitz), mettant en place la « rétention de sûreté », le choix de cette ville n'est pas un hasard.

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mardi 22 juillet 2008

Pourquoi ont-ils élu Sarkozy ...

Aphorismes -  (...) jusqu’ici la droite était la droite. Et elle ne se décomplexait que lorsqu’elle se croyait « entre elle », à de rares exceptions près comme l’avait illustré en son temps l’affaire du bruit et de l’odeur des immigrés façon Jacques Chirac. Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy, la droite est officiellement décomplexée. Cela se voit en tout. Il faut jouir sans entraves, au détriment des autres s’il le faut. Un projet de société assez particulier qui s’illustre assez bien d’ailleurs dans le concept tant ressassé de « rupture ». La rupture, c’est, selon le dictionnaire : « une cassure, une séparation, une déchirure, de la tension ». Tout un programme.

Et finalement, peut-on reprocher à un homme de se comporter ainsi à la tête de l’Etat alors qu’il avait tout annoncé à l’avance ? Ceux qui l’ont porté à ce poste sont les principaux responsables du présent.

Je vous redonne à lire cette partie du discours de V. aux habitants de Londres dans le Film V. For Vendetta. Ce texte parle du « haut chancelier ». Rien ne vous empêche de remplacer ce terme et son nom par ceux de votre choix :

« Words will always retain their power. Words offer the means to meaning, and for those who will listen, the enunciation of truth. And the truth is, there is something terribly wrong with this country, isn’t there ? Cruelty and injustice, intolerance and oppression. And where once you had the freedom to object, to think and speak as you saw fit, you now have censors and systems of surveillance coercing your conformity and soliciting your submission. How did this happen ? Who’s to blame ? Well certainly there are those more responsible than others, and they will be held accountable, but again truth be told, if you’re looking for the guilty, you need only look into a mirror. I know why you did it. I know you were afraid. Who wouldn’t be ? War, terror, disease. There were a myriad of problems which conspired to corrupt your reason and rob you of your common sense. Fear got the best of you, and in your panic you turned to the now high chancellor, Adam Sutler. He promised you order, he promised you peace, and all he demanded in return was your silent, obedient consent. »

Traduction :

Les mots conserveront toujours leur pouvoir. Les mots offrent la possibilité de dire les choses, et pour ceux qui les écoutent, l'énonciation de la vérité. Et la vérité est qu'il y a quelque chose qui ne va pas du tout dans ce pays n'est-ce pas ? Cruauté et injustice, intolérance et oppression. Et où il y avait autrefois la liberté de s'opposer, de penser et de parler comme vous estimiez devoir le faire, vous avez maintenant des censeurs et un système de surveillance qui force votre normalité et exige votre soumission. Comment cela s'est-il produit ? Qui est responsable ? Bon certainement y en a-t-il qui porte une part de responsabilité plus grande que les autres et ils auront à en répondre, mais à dire vrai, si vous cherchez des coupables, il vous suffit de vous regarder dans un miroir. Je sais pourquoi vous avez agit ainsi. Je sais que vous aviez peur. Comment aurait-il pu en aller autrement ? Guerre, terreur, maladie. Il y avait une infinité de difficultés qui concourraient à altéraient votre raisonnement et vous privaient de votre bon sens. La crainte s'est emparé du meilleur de vous-même, et dans un mouvement de panique vous vous êtes tourné vers le chancelier actuel, Adam Sutler. Il vous promettait ordre et paix, et tout ce qu'il attendait en retour de votre part c'était votre silence et une collaboration docile. 

vendredi 27 juin 2008

Chronique de Cyril Lemieux : "Pourquoi est-il parfois difficile de se remettre en cause ?"

Chronique de Cyril Lemieux sur France Culture le 24 juin 2008 : Pourquoi est-il parfois difficile de se remettre en cause ?

"L'épreuve de la réalité ne ruine pas toujours les convictions"

"il y a dissonance cognitive quand ce que l'on croit très profondément est contredit"

"l'échec de la prophétie a paradoxalement renforcé la croyance en la prophétie"

"les individus procèdent par évitement et rationalisation des faits qui les contredisent"

"c'est parce que chaque membre du groupe trouve l'appui et le soutien des autres membres qu'il parvient à réfuter l'évidence des faits et à sauver à ses propres yeux la croyance fausse à laquelle il est attaché"


jeudi 19 juin 2008

Lettre du Président Evo Morales à l’Union Européenne au sujet de la directive retour

[ La formule de politesse reflète à merveille l'esprit de la lettre : "Recevez tous, autorités, eurodéputés, camarades, un fraternel salut depuis la Bolivie. Et en particulier notre solidarité envers tous les “clandestins”." ]

Morceaux choisis :

(...) La directive retour prévoit la possibilité d’un enfermement des migrants sans papier jusqu’à 18 mois avant leur expulsion - ou “éloignement” selon le terme de la directive. 18 mois ! Sans procès ni justice !

(...) Pour nous, nos émigrants représentent l’aide au développement que les Européens ne nous donnent pas - vu que peu de pays atteignent réellement l’objectif minimum de 0,7 % du PIB d’aide au développement. L’Amérique latine a reçu, en 2006, 68 milliards de dollars de transferts financiers de ses émigrés, soit plus que le total des investissements étrangers dans nos pays. Au niveau mondial, ces transferts atteignent 300 milliards de dollars, qui dépassent les 104 milliards de dollars octroyés au nom de l’aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie, a reçu plus de 10 % de son PIB en transferts de fond des migrants (1,1 milliards de dollars), soit un tiers de nos exportations annuelles de gaz naturel.

(...)

Les problèmes de cohésion sociale dont souffre l’Europe ne sont pas la faute des migrants, sinon le résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la planète et démembre les sociétés des hommes.

(...)

Vous ne pouvez pas faillir aujourd’hui dans vos “politiques d’intégration” comme vous avez échoué avec votre supposée “mission civilisatrice” du temps des colonies.

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