Monsieur Dornac,

Tout d'abord merci et bravo pour votre travail sur Altermonde. J'en suis un lecteur quotidien.

A propos de Sarkosy, j'ai déjà posté sur votre site un commentaire où j'expliquais brièvement pourquoi selon moi il ne sera pas élu président : actuellement, il occuppe le terrain que personne ne lui dispute, il fait illusion. Mais je persite à penser qu'il ne fera pas le poids car il confond la force du bruit qu'il fait avec le message qui arrive réellement à destination, une fois passé le filtre de la perception des français. C'est une chose que d'avoir des sondages favorables hors période électorale (voir le TCE en décembre, janvier, février), s'en est une autre de concrétiser le moment du choix venu.

Votre travail de vigilance à propos de Sarkosy est nécessaire.

Néanmoins, je pense qu'il n'est pas souhaitable que chacun y aille de son commentaire sur les rodomontades de ce tartuffe. Plus la résistance sera grande et plus le fracas de la collision sera important. Alors que si vous laissez passer en vous contentant de critiquer au passage comme vous le faites, les délires de Sarkosy s'arrêteront d'eux-mêmes en bout de course, ne disposant d'aucune énergie pour les relancer.

Par ailleurs, si d'aventure Sarkosy devait être candidat aux présidentielles le meilleur moyen de le battre sera de dévier le tir sur le terrain du libéralisme par opposition à l'attente de sociale qui s'exprime dans la population. C'est là où nous gagnerons : en plaçant le débat là où ça fait mal, le moment venu (à partir d'octobre - novembre 2006). A ce propos, mardi 10 août, Alain Madelin, chef de file des cercles libéraux, s’est entretenu avec M. Sarkozy à Arcachon (Gironde). "Pour les libéraux qui se reconnaissent très mal dans la politique de Jacques Chirac et qui ne se sentent pas très bien dans l’UMP, Sarkozy incarne un espoir de réforme forte dont la France a besoin", a déclaré au Monde M. Madelin, à l’issue de cette rencontre.

Ainsi, Sarkosy (et la droite) seront sur la défensive et ne parviendront pas à faire entendre leur propagande sécuritaire. A cela une condition : que le candidat socialiste ne soit pas un social-démocrate genre Hollande (qui pose avec Sarko en une de Paris Match) ou DSK. Sinon, la trop faible démarcation idéologique en matière de politique économique empêchera de tracer une ligne de partage claire autour du libéralisme et on se retrouvera dans la configuration 2002 où Jospin fut bouffé par la campagne sécuritaire de Chirac.

Selon moi, notre premier combat pour éliminer Sarko, c'est de peser avec pertinence afin que les promotteurs du OUI au sein du PS quittent le devant de la scène. Ils sont les meilleurs alliés de Sarko.

Au sujet de Sarko, la comparaison avec Lepen a ses limites. Si ils ont en commun de surfer sur les (prétendus) besoins de sécurité et le rejet de l'imigré, Lepen le Breton fait tout pour incarner la France (avec un certain succès je pense). Et ceci va avec cela. Sarko n'incarne pas la France. Au contraire, il représente la collusion avec les intérêts américains et il est celui qui s'en va dire aux juifs sur le sol étranger qu'il se sent "étranger dans son propre pays". Ou encore, qui s'interroge de savoir "qui a fait croire aux Etats- Unis d’Amérique que la France était un pays antisémite ?"
C'était le vendredi 23 avril 2004 lors d'un déjeuner de l’American Jewish Committee (AJC) dont il était l'invité d'honneur. A cette occasion, il a prononcé hardiment un discours en anglais, dans lequel il a révélé que "les journalistes" l’avaient appelé "Sarkozy l’Américain". "J’en suis fier, a-t-il dit. Je n’ai pas peur de dire que je partage beaucoup de valeurs américaines." Il cite un nom, au hasard : Arnold Schwarzenegger. (voir DON SARKO ET L’INTERNATIONALE SIONISTE - Sarkozy nationaliste ? Comme Le Pen ? http://lesogres.org/article.php3?id_article=126.)

De nouveau, je me réfère à l'arrivée récente de la famille Sarkosy sur le territoire français pour avancer que si Sarkosy connaît l'histoire de la France, il ne sent pas la France des sillons. Il entend la France "gronder", mais il ne sent pas que la France est attachée à la France, que la France n'aime pas le libéralisme, que la France se méfie encore plus des méfaits du libéralisme que des imigrès. Qui plus est, la France ne goûte guère les ambitieux trop exhibitionnistes.

Entre l'original et la copie, ceux que Sarkosy essaient de raccoler préfèreront l'original : Lepen.

Sarkosy est mené par son ambition (voir le show giganteque organisé pour son intronisation à la tête de l'UMP le week-end du bicentenaire du sacre de Napoléon empereur. J'écoutais France Info ce jour-là, et les journalistes n'arrétaient pas de passer de l'un à l'autre, établissant de fait une quasi filiation entre Sarko le nabo et Bonaparte le nabab.

Et puis Sarko a déjà vu son image de chef à qui rien ne résiste écornée :
- la défaite lors du référendum corse
- ses déboires conjugaux et le coup de fatigue/déprime l'empêchant de venir sur le plateau de TF1
- la défaite du OUI lors du référendum sur le TCE.

Vous voyez que Sarkosy n'est pas irrésistible. Les deux dernières fois où il s'est frotté au suffrage universel, il a perdu. En l'absence d'adversité Sarkosy croit incarné le personnage providentiel dont la France a besoin. Laissons-le y croire. Aidé en cela par sa cour :
Eric Raoult : Il est, comme disent les Américains, "the right man in the right place at the right moment". C'est de l'auto-célébration a des fins d'auto-persuasion et de marketing politique.