The Democracy Center On-Line
Volume 69 - January 19, 2006
BECHTEL CONTRE LA BOLIVIE: LE PEUPLE A GAGNE!!
Source : http://democracyctr.org/bechtel/bechtel-vs-bolivia.htm
_Traduction bénévole: S.Escazaux
Ce matin en Bolivie, la multinationale Bechtel, une des plus grandes et des plus puissantes au monde a été battue par une armée de citoyens responsables du monde entier, dont beaucoup d'entre vous. Elle va devoir signer un accord revu à la baisse de 50 million de dollars et repartir avec deux pièces boliviennes d'une valeur de 30 cents.
La défaite de Betchel est une première historique. Aux millions de personnes qui ont contribué dans cette bataille - en envoyant simplement des e-mails ou en prenant directement part à des actions - félicitations!
Ci-dessous, plus de détails
Jim Shultz
The Democracy Center
La révolte de l'eau de Cochabamba - qui a commencé exactement il y a six ans- s'achève ce matin alors que Bechtel, une des plus puissantes multinationales dans le monde, abandonne officiellement son effort judiciaire pour obtenir 50 millions de dollars du peuple Bolivien. Bechtel avait fait cette demande devant un tribunal de commerce manoeuvré par la Banque Mondiale, la même institution qui avait contraint de force la Bolivie à privatiser l'eau. Confrontés aux protestations, aux avalanches d'e-mails, aux visites dans leurs locaux, et aux années de dénonciations dans les journaux, les cadres de Bechtel ont finalement décidé de se rendre et de partir avec un paiement symbolique de trente cents. Cette retraite est un énorme précédent mondial.
La révolte de l'eau de Cochabamba
En Janvier 2000, les gens de Cochabamba en Bolivie se sont réveillés un matin pour découvrir que leur système public d'eau avait été investi par une mystérieuse nouvelle compagnie privée, Aguas del Tunari. La Banque Mondiale avait contraint la Bolivie à privatiser son eau comme condition à toute aide ultérieure. La nouvelle compagnie contrôlée par Bechtel, le géant californien de l'équipement, annonçait son arrivée par une soudaine augmentation drastique des factures d'eau locale. Les prix de l'eau augmentèrent de plus de cinquante pour cent et, dans certains cas, encore plus haut. Bechtel et son co-investiteur espagnol Abengoa, pratiquèrent des tarifs au-delà de ce que beaucoup de familles pouvaient payer.
Les gens exigèrent que cette flambée des tarifs cesse et que ces tarifs diminuent à nouveau de façon permanente. Le gouvernement Bolovien refusa. Les gens exigèrent alors que le contrat avec la compagnie soit annulé. Le gouvernement envoya la police et des soldats pour prendre le contrôle de la ville et déclara la loi martiale.
Malgré les sévices, les leaders enlevés de chez eux au milieu de la nuit, un garçon de dix sept ans abattu par l'armée, malgré tout cela, le peuple n'a pas reculé. En Avril 2000, la compagnie Bechtel était obligée de partir et le peuple a repris le contrôle de l'eau.
La riposte de Betchel
Dix huit mois plus tard, Bechtel et Abengoa ont cherché à prendre leur revanche en entamant une procédure contre la Bolivie pour 50 millions de dollars devant le tribunal commercial de la Banque Mondiale - le Centre International de Règlement des Différents sur les Investissements (ICSID). Ce tribunal était une tribune faite sur mesure pour Bechtel. Les gens de Cochabamba seraient jugés à Washington, en anglais, et selon un processus si secret qu'aucun membre du public ou de la presse ne serait autorisé à savoir quand le tribunal se rencontrerait, qui témoignerait, ni ce qui serait dit.
La plainte de Bechtel portait à la fois sur ses pertes et sur les profits qu'elle ne pouvait faire. Les rapports devaient faire apparaître plus tard que Bechtel et ses associés avaient dépensé moins d'un million de dollars en Bolivie.
Le peuple vs Bechtel
Ce que Bechtel n'avait pas prévu était la tempête de protestation publique qu'elle allait devoir affronter. Les leaders de la révolte de l'eau de Cochabamba, Le Democracy Center, et une horde d'alliés à travers le monde lancèrent une campagne mondiale pour contraindre Bechtel à retirer ses poursuites.
Des milliers de gens ont envoyé des e-mails aux cadres de la compagnie. Des manifestants à San Francisco ont bloqué l'entrée du siège central de Bechtel, et étendu une bannière sur sa façade. Des militants hollandais ont hissé une échelle et étendu une bannière renommant le siège de Bechtel à Amsterdam "Victor Hugo Daza", du nom du jeune de 17 ans tué à Cochabamba. Les Superviseurs de San Francisco approuvèrent alors la résolution d'appeler Bechtel à renoncer à ses poursuites.
Plus de 300 organisations de 43 pays ont signé une pétition adressée à la Banque Mondiale pour exiger que le dossier soit ouvert à l'examen public. Des militants de Washington DC manifestèrent devant le siège de la Direction de la compagnie d'eau Bechtel. Des centaines d'articles et des dizaines de documentaires ont été produits et diffusés dans le monde, faisant de Bechtel et sa mainmise sur l'eau bolivienne une image d'épinal de la convoitise et de la violence des multinationales.
Bechtel -une multinationale si puissante qu'elle a gagné un milliard de dollars dans le contrat avec l'administration Bush pour reconstruire l'Irak- a trouvé que c'était plus qu'elle ne pouvait supporter. En Juin dernier, Bechtel et ses associés ont hissé le drapeau blanc et commencé à négocier un accord pour cesser les poursuites - pour une somme symbolique de deux bolivianos (trente cents). Des sources proches des négociations affirment que le Directeur en Chef de Bechtel, Riley Bechtel, est personnellement intervenu pour mettre fin aux poursuites, affecté par les atteintes répétées à la réputation de la compagnie. Les dirigeants de Bechtel sont venus cette semaine en Bolivie pour signer leur rédition et prendre leurs deux bolivianos.
Ce que signifie la défaite de Bechtel
Cette défaite est historique. Le système de tribunaux commerciaux à portes closes de la Banque Mondiale a reçu plus de 200 affaires similaires à celles de Bechtel. Les tribunaux commerciaux de l'OMC et du NAFTA ont aussi leurs propres piles de dossiers. Dans aucun d'eux, cependant, une multinationale de cette envergure n'a reculé suite à la pression publique.
La victoire publique sur Bechtel est un coup direct porté contre la toile d'araignée de règles commerciales internationales qui se resserre toujours plus sur les populations. Les institutions financières internationales, comme la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, exercent une coercition sur les pays pauvres pour les contraindre à des accords de privatisation comme condition à l'aide. Des gouvernements incompétents et corrompus s'assoient derrière des portes closes avec des multinationales et concluent des accords nocifs. Une année ou une décade plus tard, les gens réalisent ce qui s'est produit. Ils exigent de défaire ces accords et les multinationales menacent: " Mêlez vous de cet accord et nous vous traînons devant les tribunaux - et nous gagnerons".
A Cochabamaba, le peuple s'est "mêlé de l'accord" pour de bon, et sa campagne contre Bechtel envoie un message important aux autres multinationales qui envisagent de suivre la même démarche de poursuite légale, en Bolivie et ailleurs:
"Non, nous ne vous laisserons pas mener cette bataille derrière des portes closes, là où seule une poignée d'avocats a une voix. Nous mèneront cette bataille sur le perron de votre entrée. Nous ferons en sorte que vous deviez défendre vos actions devant la cour de l'opinion publique mondiale, devant vos voisins, vos amis, et les médias."
Une chose que les multinationales savent bien faire est compter. Quand Bechtel et ses associés ont fait les comptes à Cochabamba, ils ont conclu que le coût pour la réputation publique de la compagnie était plus élevé que quoi que ce fut qu'ils espéraient prélever de la poche des Boliviens pauvres
Une fois encore, il est clair que les règles économiques du jeu peuvent être changées. Il y a six ans, les gens de Cochabamba ont gagné leur révolte de l'eau grâce à leur courage et leur engagement. Aujourd'hui, nous avons gagné le second et dernier round de cette bataille, avec une ténacité qui a été réellement mondiale et qui ne pouvait pas être arrêtée. Un autre monde est vraiment possible.
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A note: For more information on the Cochabamba Water Revolt visit The Democracy Center's Web site section dedicated to it: http://democracyctr.org/bechtel/.
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