Est-il sûr et certain que les naïfs sont ceux qui expliquent que nous devons changer nos comportements et donc notre mode de penser pour faire changer le monde ?
Est-il naïf de penser que les naïfs sont ceux qui se laissent convaincre qu'il faut être réaliste, qu'il n'y a pas le feu au lac, que la situation de la planète et de ses habitants suit une évolution convenable, pragmatique, étant considéré que les poches de pauvreté sont malheureusement impossible à résorber à courts termes ?
Mais d'ailleurs, d'où vient cette acceptation composée pour moitié d'un optimisme propre à déculpabiliser et pour moitié de résignation ? Qui leur a mis dans la tête l'idée qu'on ne peut pas vivre autrement maintenant ; qu'il faut du temps pour résoudre les problèmes ? Et que les solutions viendront forcément d'en haut dictées en temps voulu par les autres, seuls habilités à penser sérieusement les problèmes du monde et à diagnostiquer des solutions hors de portée du commun des mortels ?
Comment se fait-il que cette acceptation soit si bien installée dans les esprits ? Est-ce seulement parce qu'elle est solidement enracinée ? Ou bien est-ce aussi parce qu'une majorité ne tient pas tant que ça à se confronter au pouvoir de contribuer à changer le monde que chacun possède ?
Ce pouvoir qui s'exerce en pensant son rapport au monde différement... et donc en assumant plus largement la responsabilité d'exister par soi-même, par soi-seul.
Comment les soi-disant réalistes ont-ils été convaincus qu'il est impossible de penser leur rapport au monde autrement ? Il serait donc impossible d'agir autrement pour affecter l'organisation du monde tel qu'il va ?
Or, penser autrement, c'est déjà commencé à changer le monde, imperceptiblement cela va sans dire ! Mais avec un effet de contagion potentiellement exponentiel...
A condition bien sûr d'accepter les conséquences sur sa propre existence des conclusions auxquelles nous conduit notre liberté de penser pleinement assumée ? Liberté qui ne va pas sans embûches et sans épreuves existencielles, nous sommes bien d'accord...
Sortir des sentiers balisés de la bien-pensance, du prêt-à-penser, de la pensée raisonnable, de la pensée conforme et confortable, du politiquement correct, s'éloigner ainsi du rivage placé sous surveillance de la classe dominante pour s'aventurer parois à contre-courant vers le large est une aventure personnelle et sociale ne nous le cachons pas.
Mais la liberté est à ce prix. C'est ainsi que la grandeur de l'homme réside dans sa capacité à affronter seul l'immensité du vide apparent...
Le tout pour finalement affronter un destin taillé à la mesure de chacun. Autrement dit rien de surhumain.
Il s'agit d'assumer notre condition d'êtres fondamentalement libres responsables individuellement d'une part de notre destin collectif.
Laissez les autres penser à notre place en se disant, la bonne blague, qu'on n'y peut rien, que c'est ainsi et pas autrement... puisque les décideurs semblent tous d'accord autour de cette évidence, c'est s'en remmettre à une élite prétendument éclairée.
Qui est vraiment naïf dans l'histoire ?
Tout ceux qui se croient obliger de ne pas penser librement parce qu'ils se croient sous la tutelle indépassable de gens qu'ils croient doués d'une raison et d'un pouvoir supérieurs aux leurs.
Ça fait beaucoup de croyances... que seules rendent plausibles des dispositions bien développées pour une naïveté parée des atours du sens de la réalité et des responsabilités !
Ci-gît la naïveté... où on ne l'attendait pas !
jeudi 3 août 2006
Où sont les naïfs ?
Par P B
Chavez, l'autre héritier de Fidel, par Sylvie Kauffmann
source : http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3232,50-800348,0.html
LE MONDE | Sylvie Kauffmann | 02.08.06 | 13h23 • Mis à jour le 02.08.06 | 13h23
Ce n'est pas un hasard si Hugo Chavez a été le premier dirigeant étranger, suivi de près par le numéro un chinois, à adresser des voeux de prompt rétablissement à Fidel Castro, mardi 1er août, depuis le Vietnam, où il se trouvait en visite officielle. Ce n'est pas non plus un hasard si le compte rendu de la visite du président vénézuélien au Vietnam faisait, le même jour, le second titre du quotidien du Parti communiste cubain, Granma, après le texte de la proclamation du commandant en chef annonçant qu'il cédait "provisoirement" ses pouvoirs à son frère Raul, en raison d'une "opération chirurgicale compliquée". Dans ces régimes, les choses sont rarement laissées au hasard.
A l'intérieur, Fidel Castro préparait sa succession en donnant, ces derniers temps, une visibilité croissante à son frère, ministre de la défense - donc maître des forces armées, qui jouent un rôle capital dans le fonctionnement du pays - et numéro deux du régime. A la veille du soixante-quinzième anniversaire du benjamin Castro, le 2 juin, Granma lui a consacré un supplément de huit pages, intitulé "Raul de près". Flatteur, on s'en doute. Fidel y explique : "Je l'ai choisi non pas parce que c'est mon frère, mais parce que, sur mon honneur, je considère qu'il a les qualités nécessaires pour me succéder demain si je meurs dans ce combat."
A l'extérieur, tout se passe comme si Fidel Castro avait choisi Hugo Chavez qui, à 52 ans, a l'âge d'être son fils, comme son héritier spirituel. A bien des égards, l'architecte de la "révolution bolivarienne" a remplacé, depuis deux ans, celui de la révolution cubaine sur la scène internationale. L'effondrement de l'URSS, en 1991, a ruiné l'économie cubaine et les ambitions exportatrices du Lider Maximo : le temps est loin où les troupes cubaines allaient guerroyer en Afrique et les tournées triomphales de Fidel Castro pour porter le message révolutionnaire autour du globe ne sont plus que des photos jaunies de la guerre froide. Aujourd'hui, les émissaires de la révolution cubaine sont les médecins que La Havane dépêche - seuls, sans leur famille, pour éviter qu'ils ne fassent défection - dans les pays frappés par une catastrophe, ou au Venezuela, où ils servent de monnaie d'échange pour le pétrole que Cuba et sa maigre économie ne peuvent s'offrir au prix du marché : 20 000 médecins et infirmiers pour les bidonvilles de Caracas contre 90 000 barils de pétrole par jour, soit la moitié des besoins énergétiques cubains.
A l'inverse, la hausse des prix de l'or noir a fait d'Hugo Chavez, à la tête du Venezuela, cinquième producteur mondial de pétrole, un homme très puissant. Devenu à son tour globe-trotteur, Chavez n'en fait pas mystère : ses revenus pétroliers lui permettent aussi d'acheter de l'influence, de faire un lobbying efficace pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies et de tisser un réseau international anti-impérialiste, c'est-à-dire antiaméricain. La tournée qui vient de le mener de Minsk à Hanoï, en passant par Moscou et Téhéran, a à cet égard le mérite de la clarté. En Biélorussie, dernière dictature communiste d'Europe, Hugo Chavez a loué "un Etat social modèle comme celui que nous commençons à créer" et appelé à une lutte commune "contre les intérêts hégémoniques des capitalistes". A Moscou, s'il n'est pas parvenu à enrôler Vladimir Poutine dans le front anti-impérialiste, il a passé commande, pour renouveler son arsenal militaire, de 30 chasseurs Soukhoï Su-30, de 30 hélicoptères et de 100 000 kalachnikovs AK-103, après que Washington eut empêché l'Espagne de lui fournir ce qu'il souhaitait. A Téhéran, il a promis au président Mahmoud Ahmadinejad le soutien de son pays "à tout moment et à n'importe quelle condition". M. Chavez est encore attendu au Mali et au Bénin, après avoir supprimé la Corée du Nord de son itinéraire.
Le président du Venezuela a aussi supplanté Fidel Castro comme chef de file du courant révolutionnaire de la gauche latino-américaine. Progressivement, en dépit de tout son poids historique, ce n'est plus le vieux père de la révolution cubaine, lui qui a tenu tête, depuis 1959, à dix présidents américains successifs et résisté à l'embargo des Etats-Unis, mais le bouillant colonel vénézuélien, au verbe tout aussi enflammé et inépuisable, qui a pris la tête du combat anti-impérialiste, ralliant Evo Morales en Bolivie et les troupes altermondialistes.
C'est aussi Hugo Chavez, plus que Fidel Castro, qui est devenu l'enfant terrible du continent, contraignant les tenants de la gauche modérée, comme le Brésilien Lula da Silva et la Chilienne Michelle Bachelet, à de multiples contorsions pour masquer leurs divergences lors des sommets régionaux, ou provoquant des incidents diplomatiques avec le Mexique. Et c'est encore Chavez qui s'emploie à transformer l'organisation commerciale sud-américaine Mercosur en un instrument d'affrontement avec les Etats-Unis, auquel est venu se greffer, en invité surprise, Fidel Castro, il y a dix jours.
PROXIMITÉ IDÉOLOGIQUE
Il faut dire qu'avec son mentor cubain, Hugo Chavez a été à bonne école. Lorsqu'il se rendit à Cuba pour la première fois, en 1994, à peine sorti des geôles vénézuéliennes où une tentative de putsch l'avait fait échouer, le Lider Maximo eut le bon goût de l'accueillir en héros. Depuis, la gratitude de Chavez n'a pas faibli. Il a effectué au printemps sa quinzième visite sur l'île et reçu maintes fois son ami cubain à Caracas. Comme Slobodan Milosevic avait nommé son frère ambassadeur à Moscou, Hugo Chavez a nommé son frère Adan ambassadeur à La Havane. Hormis peut-être l'alliance avec la révolution sandiniste au Nicaragua, que Fidel Castro avait personnellement soutenue, une relation aussi étroite trouve peu de parallèles dans l'histoire du castrisme.
La livraison de pétrole à Cuba à partir de 2000 a certes favorisé ce rapprochement, mais la proximité idéologique est le fondement de la relation Castro-Chavez, même si le chavisme admet un pluralisme, dans les médias et les partis politiques, impensable dans le système castriste. En décembre 2003, lors d'une visite privée au Venezuela qui ne fut rendue publique qu'à son retour à La Havane, le numéro un cubain alla jusqu'à qualifier Hugo Chavez de "leader du tiers-monde" dans une interview télévisée. Le président vénézuélien lui rendit la politesse : avec Castro, expliqua-t-il, "nous parlons de tout. Fidel est persuadé, comme moi, que si l'on ne change pas de système, le monde est fini. Nous sommes en train de créer dans nos pays un modèle humaniste qui place le social devant l'économique, et nous sommes convaincus que ce modèle finira par s'imposer en Amérique latine." Selon Washington, Caracas débourse chaque année près de 2 milliards de dollars pour aider Cuba à mettre en oeuvre ce "modèle humaniste" du futur.
Sylvie Kauffmann
Article paru dans l'édition du 03.08.06
LE MONDE | Sylvie Kauffmann | 02.08.06 | 13h23 • Mis à jour le 02.08.06 | 13h23
Ce n'est pas un hasard si Hugo Chavez a été le premier dirigeant étranger, suivi de près par le numéro un chinois, à adresser des voeux de prompt rétablissement à Fidel Castro, mardi 1er août, depuis le Vietnam, où il se trouvait en visite officielle. Ce n'est pas non plus un hasard si le compte rendu de la visite du président vénézuélien au Vietnam faisait, le même jour, le second titre du quotidien du Parti communiste cubain, Granma, après le texte de la proclamation du commandant en chef annonçant qu'il cédait "provisoirement" ses pouvoirs à son frère Raul, en raison d'une "opération chirurgicale compliquée". Dans ces régimes, les choses sont rarement laissées au hasard.
A l'intérieur, Fidel Castro préparait sa succession en donnant, ces derniers temps, une visibilité croissante à son frère, ministre de la défense - donc maître des forces armées, qui jouent un rôle capital dans le fonctionnement du pays - et numéro deux du régime. A la veille du soixante-quinzième anniversaire du benjamin Castro, le 2 juin, Granma lui a consacré un supplément de huit pages, intitulé "Raul de près". Flatteur, on s'en doute. Fidel y explique : "Je l'ai choisi non pas parce que c'est mon frère, mais parce que, sur mon honneur, je considère qu'il a les qualités nécessaires pour me succéder demain si je meurs dans ce combat."
A l'extérieur, tout se passe comme si Fidel Castro avait choisi Hugo Chavez qui, à 52 ans, a l'âge d'être son fils, comme son héritier spirituel. A bien des égards, l'architecte de la "révolution bolivarienne" a remplacé, depuis deux ans, celui de la révolution cubaine sur la scène internationale. L'effondrement de l'URSS, en 1991, a ruiné l'économie cubaine et les ambitions exportatrices du Lider Maximo : le temps est loin où les troupes cubaines allaient guerroyer en Afrique et les tournées triomphales de Fidel Castro pour porter le message révolutionnaire autour du globe ne sont plus que des photos jaunies de la guerre froide. Aujourd'hui, les émissaires de la révolution cubaine sont les médecins que La Havane dépêche - seuls, sans leur famille, pour éviter qu'ils ne fassent défection - dans les pays frappés par une catastrophe, ou au Venezuela, où ils servent de monnaie d'échange pour le pétrole que Cuba et sa maigre économie ne peuvent s'offrir au prix du marché : 20 000 médecins et infirmiers pour les bidonvilles de Caracas contre 90 000 barils de pétrole par jour, soit la moitié des besoins énergétiques cubains.
A l'inverse, la hausse des prix de l'or noir a fait d'Hugo Chavez, à la tête du Venezuela, cinquième producteur mondial de pétrole, un homme très puissant. Devenu à son tour globe-trotteur, Chavez n'en fait pas mystère : ses revenus pétroliers lui permettent aussi d'acheter de l'influence, de faire un lobbying efficace pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies et de tisser un réseau international anti-impérialiste, c'est-à-dire antiaméricain. La tournée qui vient de le mener de Minsk à Hanoï, en passant par Moscou et Téhéran, a à cet égard le mérite de la clarté. En Biélorussie, dernière dictature communiste d'Europe, Hugo Chavez a loué "un Etat social modèle comme celui que nous commençons à créer" et appelé à une lutte commune "contre les intérêts hégémoniques des capitalistes". A Moscou, s'il n'est pas parvenu à enrôler Vladimir Poutine dans le front anti-impérialiste, il a passé commande, pour renouveler son arsenal militaire, de 30 chasseurs Soukhoï Su-30, de 30 hélicoptères et de 100 000 kalachnikovs AK-103, après que Washington eut empêché l'Espagne de lui fournir ce qu'il souhaitait. A Téhéran, il a promis au président Mahmoud Ahmadinejad le soutien de son pays "à tout moment et à n'importe quelle condition". M. Chavez est encore attendu au Mali et au Bénin, après avoir supprimé la Corée du Nord de son itinéraire.
Le président du Venezuela a aussi supplanté Fidel Castro comme chef de file du courant révolutionnaire de la gauche latino-américaine. Progressivement, en dépit de tout son poids historique, ce n'est plus le vieux père de la révolution cubaine, lui qui a tenu tête, depuis 1959, à dix présidents américains successifs et résisté à l'embargo des Etats-Unis, mais le bouillant colonel vénézuélien, au verbe tout aussi enflammé et inépuisable, qui a pris la tête du combat anti-impérialiste, ralliant Evo Morales en Bolivie et les troupes altermondialistes.
C'est aussi Hugo Chavez, plus que Fidel Castro, qui est devenu l'enfant terrible du continent, contraignant les tenants de la gauche modérée, comme le Brésilien Lula da Silva et la Chilienne Michelle Bachelet, à de multiples contorsions pour masquer leurs divergences lors des sommets régionaux, ou provoquant des incidents diplomatiques avec le Mexique. Et c'est encore Chavez qui s'emploie à transformer l'organisation commerciale sud-américaine Mercosur en un instrument d'affrontement avec les Etats-Unis, auquel est venu se greffer, en invité surprise, Fidel Castro, il y a dix jours.
PROXIMITÉ IDÉOLOGIQUE
Il faut dire qu'avec son mentor cubain, Hugo Chavez a été à bonne école. Lorsqu'il se rendit à Cuba pour la première fois, en 1994, à peine sorti des geôles vénézuéliennes où une tentative de putsch l'avait fait échouer, le Lider Maximo eut le bon goût de l'accueillir en héros. Depuis, la gratitude de Chavez n'a pas faibli. Il a effectué au printemps sa quinzième visite sur l'île et reçu maintes fois son ami cubain à Caracas. Comme Slobodan Milosevic avait nommé son frère ambassadeur à Moscou, Hugo Chavez a nommé son frère Adan ambassadeur à La Havane. Hormis peut-être l'alliance avec la révolution sandiniste au Nicaragua, que Fidel Castro avait personnellement soutenue, une relation aussi étroite trouve peu de parallèles dans l'histoire du castrisme.
La livraison de pétrole à Cuba à partir de 2000 a certes favorisé ce rapprochement, mais la proximité idéologique est le fondement de la relation Castro-Chavez, même si le chavisme admet un pluralisme, dans les médias et les partis politiques, impensable dans le système castriste. En décembre 2003, lors d'une visite privée au Venezuela qui ne fut rendue publique qu'à son retour à La Havane, le numéro un cubain alla jusqu'à qualifier Hugo Chavez de "leader du tiers-monde" dans une interview télévisée. Le président vénézuélien lui rendit la politesse : avec Castro, expliqua-t-il, "nous parlons de tout. Fidel est persuadé, comme moi, que si l'on ne change pas de système, le monde est fini. Nous sommes en train de créer dans nos pays un modèle humaniste qui place le social devant l'économique, et nous sommes convaincus que ce modèle finira par s'imposer en Amérique latine." Selon Washington, Caracas débourse chaque année près de 2 milliards de dollars pour aider Cuba à mettre en oeuvre ce "modèle humaniste" du futur.
Sylvie Kauffmann
Article paru dans l'édition du 03.08.06
Par P B


