Le philosophe André Gorz et sa femme unis jusque dans la mort
Par P B le lundi 24 septembre 2007, 20:36 - Lien permanent
«Tu viens juste d'avoir quatre-vingt-deux ans», lui disait-il. «Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien».
Il avait dit de sa "Lettre à D." qu’elle serait son oeuvre ultime. Ce lundi, André Gorz et sa femme Dorine se sont donnés la mort. Dans le mileu très sérieux de la pensée, André Gorz avait, il y a quelques mois, ému ses pairs. Le critique du capitalisme, l’existentialiste marxiste rendait hommage à sa femme malade dans des lignes amoureuses rares de justesse et de beauté.
La sachant condamnée, l’amoureux fou avait pris sa plume pour lui dire combien il l’aimait, combien il regrettait de l’avoir négligé, combien il la trouvait belle. Dans le récit de ces cinquante-huit ans de vie commune se lisait la promesse de ne pas survivre à l’autre:
"Il fallait aussi que notre amour soit 'aussi' un pacte pour la vie. Je n’ai jamais formulé tout cela aussi clairement. Je le savais au fond de moi. Je sentais que tu le savais. Mais la route a été longue pour que ces évidences vécues se fraient un chemin dans ma façon de penser et d’agir."
Ayant tout quitté pour rester auprès d’elle, André Gorz était heureux. Ceux qui le connaissaient de longue date, ceux qui ont lu sa "Lettre à D." comprendront son incapacité à vivre sans elle, son seul inexplicable philosophique:
"C’est cela: la passion amoureuse est une manière d’entrer en résonance avec l’autre, corps et âme, et avec lui ou elle seuls. Nous sommes en deçà et au-delà de la philosophie."
Leur exceptionnel amour, écrivait-il, tenait en ce qu’elle le faisait "exister", "accéder à un autre monde". C'est vers ce nouvel ailleurs que sont partis les amoureux de l'Aube.
Source et texte complet : http://www.rue89.com/2007/09/24/le-philosophe-andre-gorz-et-sa-femme-unis-jusque-dans-la-mort
et
http://www.cyberpresse.ca/article/20070924/CPMONDE/70924147/5281/CPMONDE
André Gorz sur Wikipedia



Commentaires
Dorine et André se survivront de manière éblouissante
La mort les immortalise avec leur passion dans nos coeurs
La tendresse, tout simplement, la tendresse véritable en silence, à mi-mot dites et redites encore et encore et encorps… un pacte POUR la vie.
On pourait rêver pour soi de cette belle compagnie qui va tellement à l'encontre du chacun pour soi . On pourrait expérimenter et mettre là pour de vrai la richesse de cet(te) autre pour nous et pour elle/lui dont tout veut nous éloigner . Donnons nous la main sans la lacher .
merci pascal,après la rigolade degog et magog,5 mn de rêve pour les coeurs endoloris:génial!!