le service marketing, situé au sommet de l’immeuble de la rue Rouget-de-Lisle, sous les bureaux de la direction (et au-dessus de l’ensemble des rédactions), s’est vu confier la responsabilité de « faire la jonction entre les lecteurs et les annonceurs ». C’est-à-dire de dicter leurs devoirs aux rédacteurs en chef, puis aux rédacteurs en chef adjoints,

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« à partir de cette époque, il s’est agi de faire de l’actualité heureuse, de ne surtout pas gâcher le plaisir du lecteur, et même de flatter ses instincts. Sous la houlette de Francis Gabet, le patron du marketing, les rédacteurs en chef ont assisté à des projections d’études, de statistiques, de panels de lecteurs à partir desquels ils ont reçu une feuille de route extrêmement précise leur indiquant ce dont il fallait parler, comment il fallait en parler et pourquoi il fallait en parler ».

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« Nous avons réintégré un ton positif plutôt qu’un ton critique systématique. Cela nous a permis de nous réconcilier avec le milieu du sport, avec lequel nous étions fâchés (3). »

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Avec le peu de marge dont ils disposent pour établir certains faits, les journalistes du groupe L’Equipe sont conduits à valider, donc à glorifier, les victoires, les titres, les records.

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En définitive, personne n’a intérêt à ce que ce genre d’affaire ternisse la machine à rêves que le sport de haut niveau est devenu, avec son calendrier toujours plus étoffé et étouffant. Les rédactions du groupe L’Equipe, bridées par la science exacte du marketing, n’ont tout simplement plus vocation à porter la plume dans la plaie, mais doivent se contenter de relayer et de développer ce que tout le monde sait déjà ou de délaisser ce que tout le monde ne doit pas savoir.

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Fabrice Jouhaud a quitté le groupe au terme d’un désaccord éditorial : « J’avais tout simplement envie de faire du journalisme... L’Equipe n’a pas su prendre ses distances avec la famille du sport. Son rôle devrait être de relater l’événement, et non de l’accompagner comme elle le fait, avec un certain manque de recul. Les journalistes sportifs sont des supporters améliorés ; quant à la presse sportive, et à travers elle L’Equipe, c’est à mes yeux l’exemple le plus frappant de la marchandisation de l’information. »

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Cette marchandisation consiste à donner un public à des annonceurs, donc à fidéliser ce public. Principe premier de la fidélisation : satisfaire les pulsions, bien sûr. Porter aux nues les champions qui gagnent et ignorer, moquer, voire attaquer les champions... qui perdent,

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L’Equipe a tous les pouvoirs, notamment celui de promouvoir de vraies valeurs éthiques, humaines, et une harmonie entre le sport et la société. Mais, pour l’instant, il est guidé par des intérêts mercantiles. »

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Compagnon quotidien des sportifs de tout niveau, il [ le journal L'Equipe ] n’injecte pas le venin, mais tient la seringue (comme l’ensemble des médias de masse), en traitant vulgairement le sport comme une affaire de gagnants et de perdants, une compétition perpétuelle, une guerre ritualisée, un rejet viscéral de la notion de limite, un exutoire des pulsions et des frustrations de son lectorat. Composé à 85 % d’hommes de tous les âges et de tous les horizons (7), celui-ci est uni par un dénominateur commun : une recherche plus ou moins consciente d’affirmation masculine à travers la projection idéalisée d’un sportif ou d’une équipe (8).

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Prisonnier d’une culture du résultat désormais bien ancrée, L’Equipe traverse une double crise d’identité : celle d’un journal de sport qui assiste, de façon impuissante ou inconsciente, au délitement des valeurs qui le fondent ; celle d’une entreprise de presse qui a renoncé aux fondamentaux du journalisme sportif,

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le journal a « mis le doigt dans l’engrenage. A force de positiviser l’évolution du sport et des sportifs, nous avons abandonné un nécessaire rapport de force. Le concept de réalité journalistique a été déplacé, puisque, désormais, il s’agit de surfer sur la vague et de ne surtout pas contrarier son essor. Nous sommes maintenant tellement habitués à cet état de fait que nous ne réfléchissons même plus. Nous sommes en train de devenir des techniciens de l’information, voire des attachés de presse. »

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