P. Mendes-France 1957 assemblée nationale : "L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes"
Par P B le mercredi 17 octobre 2007, 23:04 - Lien permanent
OUTILS CRITIQUES - Un peu plus de deux mois avant la signature des traités de Rome, le 18 janvier 1957, Pierre Mendès France fait une intervention particulièrement prémonitoire à l’Assemblée Nationale :
" Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme "providentiel", soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ".



Commentaires
On sort d'un monde industrialo-capitalistique pour entrer dans celui de la technocratie. De même que la noblesse en 1789 n'avait plus sa raison d'être, la classe des actionnaires (propriétaires de capitaux) en perd la gestion laissée aux mains des hauts cadres des entreprises. L'automatisation, la robotique, la bureutique, l'informatique, ne sont-ils pas de nouveaux outils de production intronisaant (Paul Nisan de près et de loin !) de nouvelles classes sociales (techniciens et technocrates), de nouveaux rapports de production, de sorte que la liste des couples de classes (esclaves et maîtres d'esclaves, plébéiens et patriciens, serfs et seigneurs, compagnons et maîtres de jurandes, prolétaires et bourgeois) énoncée par Karl Marx dans le Manifeste du Parti Communoste, n'est pas exhaustive. L'un de mes amis, marxiste et pion dans mon lycée, futur prof d'Economie, me disait "Si mon salaire dépend de ta note, je t'exploite". Dans les associations d'aide à domicile, qui exploite qui ? Qu'on analyse les différents rapports de "production" et exploitations de l'humain par l'humain, et l'on sera étonnés de trouver d'autres exploitations que le capitalisme !
Donc, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'Etat "démocratique" bourgeois ne corresponde plus à la réalité technocratique, voire buro-exploitationniste de ce monde en mutation. Le marxisme est une science sociale vivante si l'on sait l''actualiser, analyser la complexité des rapports de travail et exploitations existant aujourd'hui et ne pas en rester aux vieux poncifs patrons/ouvriers.