Tir à boulets rouges contre le salaire minimum allemand dans la distribution du courrier
Par P B le samedi 8 décembre 2007, 05:26 - Lien permanent
Gresea - L'affaire faisait la une du Financial Times le 6 décembre 2007: "Trichet passe à l'offensive contre un accord salarial allemand".
C'est intéressant à plus d'un titre. En cause, la décision du gouvernement Merkel d'imposer à partir du premier janvier 2008 un salaire minimum de 8 à 9,80 euros de l'heure dans le secteur du courrier postal, comme l'autorise une loi qui lui permet d'étendre au secteur entier un accord salarial intervenu dans une entreprise qui en occupe plus de la moitié des salariés, ce qui est le cas de la Deutsche Post.
Seront donc touchés par la mesure les "cowboys" du business postal privé, tels Pin Group, une filiale d'Axel Springer, qui a riposté à boulets rouges en annonçant 1.000 suppressions d'emplois (sur un total de 9.000), ou encore la multinationale du courrier express néerlandaise TNT, qui dit avoir gelé ses projets de se lancer dans le courrier postal aux particuliers, un "marché" que la Commission européenne (et son "parlement") ont décidé d'ouvrir à la concurrence. Du côté des cowboys, on n'est pas content, du tout: le salaire horaire moyen y est d'environ 7,30 euros et, là, disent-ils, ils vont perdre leur avantage compétitif...
Mais c'est aussi la raison pour laquelle le gouvernement allemand a choisi, pour protéger le monopole de la Deutsche Post, d'imposer ce salaire minimum: "Il n'y a pas de concurrence équitable sans des standards minimaux", d'autant que, la pression constante à la baisse des salaires coûte à l'Etat (et à la collectivité) des milliards d'euros en allocations compensatoires aux travailleurs à bas revenus.
Ce n'est, cependant, pas du goût de Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, qui a fustigé publiquement la mesure en termes de "salaire minimum inutile" et de "frein à l'emploi", sur la base du schéma néolibéral classique (hausse des salaires égale inflation égale licenciements égale chômage), lequel ne fait pas, on s'en doute, l'unanimité chez les économistes [1]. Le gouvernement allemand, lui, reste de glace et, mieux, souligne que le salaire minimum figure parmi ses premières priorités.
Source (en anglais) : Financial Times du 6 décembre 2007. (au format PDF)
1] Employers gave warnings that Britain could lose 1.7m jobs when the country introduced a statutory minimum wage in 1999. Yet the UK is recognised as having one of the healthiest labour markets in Europe. [ source ]
"Les employeurs avertirent que 1,7 millions d'emplois étaient menacés en Grande-Bretagne quand ce pays introduisit le salaire minimum légal en 1999. Or aujourd'hui, le marché de l'emploi au Royaume-Uni passe pour être l'un des plus performants en Europe.
[ Tout le monde salue la santé retrouvée de l'économie allemande. Alors c'est qd qu'on redistribue la richesse si même quand tout va bien il faut toucher à rien ??!! Alors que là pourtant dans ce secteur la menace d'une externalisation n'existe pas et que la règle est la même pour tous.
Riposte d'un des acteurs : supprimer 1 emploi sur 9 (pour obtenir des gains de productivité en réduisant la masse salariale à production constante !!! Elle est pas belle la concurrence où la différence finit toujours par se faire, tous facteurs égaux par ailleurs, sur le dos de cette variable d'ajustement qu'est le salarié : salaire ajustable, cadence ajustable, puis salaire et cadence ajustables. Et ainsi de suite à n'en plus finir !!!! ) - consommation, concurrence, compétition ou ironie de la langue !!]



Commentaires
La vieille germaniste que je suis s'intéresse de près à l'Allemagne.
Si "le gouvernement allemand reste de glace" il semblerait bien que le feu couve sous la cendre ; le salaire minimum, obtenu de haute lutte par la ligne "gauche" du SPD (on
vient de changer de vice-chancelier) fait grincer des dents à la CDU (de Merkel) et par voie de conséquence à la "grande coalition".
Il faut se méfier de l'Allemagne, qui vient de se bombarder "nation verte" alors qu'elle prépare la réouverture de quinze (j'ai même entendu 25) centrales au charbon dont 7 au lignite et eque Bayer doit en construire une à Anvers. Et je n'ai pas entendu dire qu'elle avait été détrônée de sa première place parmi les exportateurs de déchets toxiques (en valeur absolue ; elle dépasse les USA, trois fois plus peuplés)