Concevoir un monde nouveau commence par admettre la fin d'un autre
Par P B le lundi 17 décembre 2007, 20:33 - Lien permanent
Respublica - Tout autour de nous, ils sont palpables, tangibles et multiples. Ce sont les signes que notre monde, celui de l'après guerre, s'en va définitivement. Nous sommes sortis depuis des années de l'ère gaulliste et des trente glorieuses, mais ses ressorts, ses usages, ses outils pour appréhender le monde, étaient toujours présents du fait même de l'héritage des générations. Beaucoup dans ce pays sont les petits-enfants de cette époque. Or, notre monde change à toute allure : la manière de traiter l'information et de l'échanger, la globalisation des échanges à l'échelle planétaire, tout nous propulse malgré nous dans un bouleversement qui nous dépasse et provoque en nous une sensation complexe, mélange d'angoisses, d'inquiétudes, de frustrations, de peurs, d'un sentiment de perte et de déracinement. Le futur n'est plus tant une source d'engouements et de stimulations, qu'une source d'inquiétudes... Il a perdu ce qu'il a été pendant des décennies : l'avenir prometteur.
Autre signe des temps, l'inquiétude qui ébranle le PCF. Le parti qui marque de son empreinte tout le XXe siècle de l'histoire de France est au pleine crise existentielle. Les militants s'interrogent sur le devenir de leur parti, sur les biens-fondés d'une nouvelle forme de mouvement, sur ce que c'est que « l'identité communiste » (encore et toujours le sujet de l'identité... ). Même le mot « communiste » est sujet à débat ! S'en étonnera t-on, le congrès prévu en ce mois de décembre a été commué en une assemblée chargée de réfléchir à l'avenir du parti. Réunie les 8-9 décembre, elle a conclu sur l'intérêt d'étudier « toutes les hypothèses ». Là encore, tout un symbole qu'il faut prendre à la mesure de ce qui se joue : Le PCF a toujours été pendant des décennies un symbole, un point d'appui, pour ou contre lequel on pouvait marquer une position. C'est en regard de cette histoire, qui est aussi celle de la France, que la situation actuelle vécue par les militants communistes doit être évaluée. Là aussi, la situation du PCF est tout un symbole de cette époque de tuilage qui est la notre.
Dans une époque de tuilage, le combat n'est pas tant collectif qu'individuel
Parce qu'il n'a pas de principe autre que l'enrichissement forcené, la voracité du capitaliste libéral le rend plastique et malléable. Ce n'est pas un hasard si son éthique de prédilection est celle du protestantisme : elle est la plus grégaire, la plus vulgaire, la plus compulsive de la peur, la plus portée sur la possession et l'accumulation compulsive. Parce que les valeurs de vie de l'éthique libérale anglo-saxonne sont distillées partout autour de nous à travers les média, elles sont autant de micro-bombes minant dans l'esprit de chaque individu-citoyen les valeurs du Pacte Républicain. Le Pacte Républicain est une éthique résolument différente, il se fonde sur une conscience de l'avenir commun, de la laïcité, des droits de l'Homme et de la paix dans la vie quotidienne des individus. Notre monde change sous ses assauts.Dans ce contexte, nous avons des défis collectifs à mener, mais à l'évidence nous sommes tous confrontés, en tant qu'individu isolé, à la disparition de ce que nous avons connu. Notre combat dans une époque de tuilage est d'abord un combat individuel : chacun de nous a à mener, en son for intérieur, le deuil de ce qu'il a connu, de ce qu'il pensait voir se poursuivre, de ce à quoi il est viscéralement attaché. Tant que l'on n'a pas fait ce deuil, l'esprit, la créativité, le désir de bâtir... rien n'est libre. Or, il faut être libre pour créer du neuf et accepter le neuf que d'autres proposent. D'ailleurs la pensée communiste ne se discute pas. Quand Lucien Sève explique qu'il ne pourrait rejoindre un parti qui ne serait pas communiste, c'est bien la preuve que l'on est en présence d'une affaire de deuil. Car comment pourrait-on imaginer que cet héritage tombe dans l'oubli, s'éteigne, disparaisse ? Absurde. Comment serait-il possible de réduire à rien un tel héritage, une telle histoire, ces luttes, ces ouvrages, ces aspirations ? Impossible. De fait, le questionnement de Lucien Sève et de beaucoup d'autres n'est donc pas tant « comment bâtir l'avenir ? » mais bien une manifestation de la peur d'avoir peut être à faire le deuil de ce qu'est aujourd'hui le PCF, et de tout ce qu'il symbolise.
Mais tous nous avons notre part de deuil à faire parce qu'une nouvelle forme d'agression éthique et culturelle, sociale et économique, nous oblige à vivre dans cette époque nouvelle. Sans cette étape, nous serons rivés à des outils pour penser le monde qui ne seront pas adéquats avec les réalités de cette nouvelle ère. Même nos modes d'actions et nos termes seront en décalage. Or, l'esprit ne se libère que lorsqu'il accepte la rupture et l'inéluctablilité du changement.
Aujourd'hui nous devons nous rappeler que l'audace a été la marque des grands hommes de gauche : l'audace d'oser le bouleversement, l'audace des nouvelles formes de mouvement et des nouveaux apports idéologiques. Le travail de deuil libère le regard tourné vers le passé, pour le laisser enfin libre de voir l'avenir et regarder ce qui existe souvent déjà tout à coté : un livre que l'on n'a pas lu parce que non orthodoxe, un militant avec lequel on échangeait peu parce que d'un courant historiquement adverse, une manière de concevoir la lutte que l'on n'avait négligé jusque là parce qu'inhabituelle. Comprenons que nos aînés ont eu leurs rôles à jouer, que le notre est différent, mais qu'il n'en est pas moins noble.
Le Pacte Républicain est offert aux militants de la gauche nouvelle
Ouvrons les yeux : Nicolas Sarkozy détruit les fondements de la droite gaulliste et républicaine. Son éthique et sa culture, par lesquelles il conçoit son action politique, font dériver la droite vers un « économisme » délaissant les principes politiques fondateurs au profit d'un bilan comptable. 10 millards d'euros de contrat pour un ticket à l'Assemblée Nationale, c'est peu cher payé. Mouammar Kadhafi ne s'y trompe pas ; et son démenti sur d'éventuels échanges à propos des droits de l'Homme montre à quel point le plus puissant n'est pas celui qu'on croit. Engoncé dans sa culture consumériste et pécuniaire, le libéral Sarkozy se ridiculise et prouve qu'il n'a aucun sens de la Politique et des valeurs qui animent tout citoyen membre du Pacte Républicain.Entendons bien ! Ces principes fondateurs ne tombent pas du ciel ! Ils ne sont pas des révélations. Ils sont des constructions réelles maintes fois remaniées, testées, corrigées. La valeur du Pacte Républicain ne se mesure qu'à l'aune de la paix qu'il instaure, de l'entreprise de pacification des rapports humains qu'il produit, qu'à l'opportunité donnée à chacun de vivre sereinement son existence intime. Voilà les mesures concrètes et matérielles de la valeur du Pacte Républicain.
Or la droite sous l'impulsion de l'émissaire des Etats-Unis abandonne ce terrain et glisse vers l'économisme froid, entraînant avec elle la direction du PS. Le champ est donc libre pour nous de revendiquer le Pacte Républicain, de l'habiter, de le travailler, de repenser « l'individu fait citoyen » ; en somme, d'ancrer éthiquement et culturellement ces pensées à gauche. Mais nous ne serons capable de mener à bien cette tache qu'à la seule condition d'accepter, chacun, en tant qu'individu, le changement d'époque qui est le notre, d'accepter le rôle qui est le nôtre. Alors notre projet politique commun ne fera aucun doute.
par Évariste
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Commentaires
Mais où est-il donc, ce fameux "Pacte républicain", que je le télécharge et lise avant de m'en faire une idée?????
Merci à Evariste pour ce texte qui rejoint ce que je dis un peu partout quant à la destruction systèmatique du monde par l'innommable d'une part et par le puritanisme et l'obscurantisme, particulièrement protestant et anglosaxon d'autre part, et qui trouve son écho dans la petite bourgeoisie possessive; envieuse et jalouse des plus riches qu'ellle, méprisante et haineuse des plus pauvres, ignorante par défaut de pensée et de méditation de ce qu'est le pacte républicain dont les fondements remontent à Platon et ont été construits par les multiples expériences d'amélioration sociale des humanistes de tous bords.
Le pacte républicain est inscrit dans un chemin de recherche et de construction sociale qu'il s'agit de redécouvrir à chaque génération en méditant les textes des expériences collectives et individuelles qui jalonnent l'histoire. Il est en filligramme chez de nombreux humanistes et n'est contenu dans aucun texte précis. La laïcité est historiquement inventée par Jésus. La république par Platon. Mais on peut retrouver son esprit dans les préoccupations d'hommes d'état conscients de la nécessité de la prise en compte des intérêts de chacun dans l'intérêts collectifs...
Alors pour répondre au naïf bon élève de la petite bourgeoisie fière de réciter des leçons incomprises mais mécaniquement reproduites, le pacte républicain est une Histoire qu'il s'agit de réapprendre individuellement et collectivement dans une recherche constructive de sources et d'observations non projectives.
Il s'agit donc aussi de réapprendre à apprendre autrement que dans la reproduction mimétique, de réapprendre à observer sans projeter de sens préconçu.
Ce qu'a été et ce qu'est le fascisme
On oublie trop souvent les aspects économiques du fascisme en mettant surtout l'accent sur ses aspects raciaux, nationalistes et autoritaires. L'essence réactionnaire et anti-ouvrière du fascisme se trouve dans le système corporatiste, dans lequel on cherche à concilier le conflit Capital-Travail. Cet aspect est de loin le plus important dans la mesure où il permet de « cerner » les intentions de ceux qui se cantonnent encore aujourd'hui dans ces ornières, bien qu'ils disent réprouver, au moins en paroles, le racisme, la xénophobie et le nationalisme.
Le Corporatisme fasciste est une théorie économique énoncée à la base de la Charte du Travail (1927) qui se présentait comme une alternative hypothétique entre le capitalisme libéral et le communisme. L'État fasciste avait pour fonction de réguler l'économie du pays (l'Italie... N.d.T.) et de faire passer l' « intérêt national » avant l'intérêt individuel. En réalité, le Corporatisme a été l'emblème de la réaction fasciste, consistant dans la tentative de « pacifier » le classique conflit Capital-Travail.
La Charte du Travail
La nuit du 22 Avril 1927, le Grand Conseil du Fascisme approuva la « Charte du Travail » (publiée au Journal Officiel le 30 Avril), qui n'était autre qu'un manifeste contenant 30 points :
*Les dix premiers (I à X) étaient intitulés : « De l'État corporatiste et de son organisation ». Au point VIII, sont définies les corporations : « Les corporations constituent l'organisation unitaire des forces de production et en représentent intégralement les intérêts. En vertu de cette représentation intégrale, les intérêts de le production devenant les intérêts nationaux, la Loi reconnaît donc les corporations ».
** les dix suivants (XI à XXI) traitent « Du contrat collectif de travail et des garanties appliquées au travail ».
***Les points XXII à XXV concernaient les bureaux d'enregistrement, qui stipulaient « la préférence qui serait faite à ceux qui appartenaient au Parti National Fasciste et aux syndicats fascistes ».
****Les derniers points (XXVI à XXX) établissaient les règles « De la prévoyance, de l'assistance, de l'éducation et de l'instruction ».
Le caractère réactionnaire du corporatisme
« L'État fasciste est ou bien corporatiste, ou bien il n'est pas fasciste ! » (1° Octobre 1930, discours de Benito Mussolini). La Charte du Travail avait attribué la représentation des intérêts nationaux aux corporations, organes de coopération entre associations de donneurs d'ordres et les associations de travailleurs, en assignant donc aux entrepreneurs et aux travailleurs unis l'objectif de discipliner l'activité des entreprises et de leurs relations. Les donneurs d'ordres et les ouvriers devaient donc (théoriquement) privilégier en conséquence les intérêts nationaux avant ceux des individus.
La substance réactionnaire et bourgeoise de la « Charte » est clairement et sans aucun doute possible repérable dans le point VII, où il est dit que l'État corporatiste considère l'initiative privée dans le domaine de la production comme l'instrument le plus efficace et le plus utile dans l'intérêt de la Nation. Il est donc évident que les intérêts de l'État et des entrepreneurs coïncident là parfaitement. Dans ce point, on parle certes de « collaboration des forces productives » et de « réciprocité des droits et des devoirs », mais en réalité, la « Charte » maintient les structures hiérarchiques et autoritaires de la société, autrement dit la division de celle-ci en classes, bien que celles-ci soient formellement abolies.
Il est certain que les entrepreneurs devront faire quelques concessions au prolétariat, mais cela leur fut une nécessité en mesure de leur permettre de désamorcer toute velléité révolutionnaire à caractère social en les reléguant donc à leur éternel rôle de dominés soumis aux dominateurs.
La « Charte » permettait au grand capitalisme financier, industriel et agraire de maintenir leur hégémonie économique, au moyen d'un capitalisme et d'un protectionisme « masqués ». En 1930 est constitué le Conseil national des Corporations ( au nombre de 22) qui finit en 1939 par supplanter le Parlement, en assumant le nom de Chambre des Faisceaux et des Corporations. Ce « tournant » impliqua la fin de tout débat interne, remplacé par le rituel et la démagogie populiste des cérémonies fascistes.
Réactions des antifascistes au corporatisme
Les forces antifascistes (anarchistes et communistes pour l'essentiel) jugèrent sévèrement ces lois puisque fortement teintées de populisme, sous lesquelles ils devinaient les réels inspirateurs de la « Charte » : la bourgeoisie.
« État ouvrier », la revue du Parti communiste italien en exil écrit alors :
« Que bien des socialistes, certains républicains, et autant de communistes soient radicalement opposés à la « réforme corporatiste » autant que nous le sommes est probable, même si un petit nombre d'entre eux , hors notre camp, sont de ceux qui rejettent de cette réforme et le caractère contingent et ses prémices théoriques ainsi que ses conséquences historiques. »
Parmi les anarchistes, Camillo Berneri développe sa critique radicale du corporatisme et de toutes les formes d' « Étatolâtrie ».
Pour Berneri, les Communistes et les Socialistes étaient « des fétichistes de l'État et du socialisme d'État » et se dissimulait derrière leurs paroles une certaine démagogie qui les inclinait à s'opposer au corporatisme fasciste, mais pas à la construction d'un autre corporatisme, évidemment différent du fasciste, mais toutefois « cousin dans ses formes totalitaires, concentratrices et bureaucratiques ».
Source : http :// ita.anarchopedia.org/corporatisme, publié sur OSCalz et SFalcone's blogs.
Traduit de l'Italien par Sedira Boudjemaa, artiste-peintre, le 18.12.07. 10h00 A.M.
"concevoir un monde nouveau commence par admettre la fin d'un autre" a retenu mon attention. C'est bien dans cet esprit que je mène une réflexion de classification de notre activité qui ne recoupe pas ce qui est communément utilisé. Au lieu du couple marchand/non marchand, j'utilise le couple productiviste/social. Cette dsitinction m'a permis d'imaginer une répartition de notre activité différente de l'actuelle. Je préconise que chacun puisse distribuer son temps entre une activité à dominante productive (public ou privé) et une activité sociale (services non standardisables, relationnels; public ou privé). Bien entendu, cette norme serait, dans mon esprit, assortie de nombreuses exceptions, afin que ce modèle reste un outil et ne devienne pas un dogme.
Si cette réflexion vous intéresse, je vous invite à une petite visite sur le site en lien.
Cordialement.
Michel MARTIN
mourir à soi-même, cette maxime si abstraite devient socialement et politiquement nécessaire: merci de cette conscience matinale...
Evariste nous fait bien rigoler, mais à quoi bon s'attarder sur ce gros tas de niaiseries d'un pauvre "individu isolé" ?
Qui donc pourrait avoir la nostalgie de cette "cité d'illusion" en train de s'écrouler ?
Comme reponse a ce texte assez triste: Il faut regarder autour de nous et voir
que il y a beauoup de batailles a librer et que son reeles. Est- que vous croyez
que le SDF, que les Sans papiers, les immigrants, que ls conflicts dehors la
France, sont de reves?Faut pas etre nombriliste
Pas d'accord avec le bouc-émissaire protestant du texte d'Evariste, quand bien même, et cela reste à prouver, la mentalité protestante accélérerait un peu le processus de mondialisation. La mondialisation c'est avant tout l'essor fantastique des communications de toutes sortes, humaines, matérielles et virtuelles, l'abaissement des frontières, la mise brutale en contact de cultures décalées et qui n'étaient jusqu'alors aptes qu'a évoluer plus doucement, c'est aussi la dénatalité généralisée suite à l'alphabétisation et à la baisse de mortalité infantile. C'est aussi un formidable mouvement d'individualisation permis par le progrès main dans la main avec la liberté.
Par exemple, lors des 30 glorieuses, les recettes Keynésiennes étaient assez efficaces. Aujourd'hui si l'état relance en injectant de l'argent dans l'économie, la perte en ligne rend souvent cette relance inefficace voire contreproductive. Hier, l'état providence reposait légitimement sur le travail, aujourd'hui le maintien des cotisations sociales prélevées sur l'employé et le patron nous mènent tout droit au conflit de génération. Le projet de TVA sociale (qu'il aurait mieux fallu appeler Cotisation pour qu'il échappe aux règlementations internationales et européennes) permettrait d'éviter ce conflit. Est-il injuste, comme on se plait à le dire à gauche? Les prélèvements actuels sont doublements injustes, parce que réparti sur une population de plus en plus marginale et ils sont aussi proportionnels au salaire. Bien entendu, le plus juste serait une cotisation reliée aux revenus (CSG surmultipliée) et progressive. Mais elle est inapplicable sans générer un effondrement de notre économie. La cotisation sociale sur la valeur ajoutée est le meilleur compromis dans le contexte actuel de mondialisation. Quand la CSG a été mise en place, la droite n'en voulait pas. Par la suite elle s'en est trsè bien accomodée. Une CSVA initiée par la pourrait très bien être ensuite pilotée à gauche.
Tant d'exemples où, non seulement il n'est nullement besoin de trouver un bouc-émissaire, mais où, comme toujours, le bouc-émissaire empêche de penser le présent et l'avenir.