Tocqueville : en démocratie, le goût excessif des jouissances matérielles affaiblit la force morale des citoyens
Par P B le mardi 18 novembre 2008, 22:50 - Lien permanent
Il y a un passage périlleux dans la vie des peuples démocratiques.
Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux même, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la propriété de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. (….)
Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de la vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps, la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.
Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond de son cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)
Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple.
commentaire n° : 2 posté par : crozonette le: 25/10/2008 16:05:17



Commentaires
Il est en effet urgent d'essayer de définir le vrai Bonheur et les vraies Valeurs qui ne peuvent relever que de l'être et pas de l'avoir
Même si, pour certains, cet être est anéanti une seconde après la mort
Sinon en attendant la bêtise restera, avec l'égoïsme, la denrée la mieux partagée.
Pour une fois, je le suis (d'accord). mais qui est prêt, aujourd'hui , à dire : je peux renoncer à "ça" - que "ça" soit des vacances au ski ou dans le Tiers-Monde, une bagnole, un énorme écran plat de télé, ou plusmodestement un téléphone portable ou un bocal de foie gras ? Alors que d'autres , à notre porte.manquent du strict nécessaire. C'est toujours celui du dessus qui a trop, même si je ne méonnais pas l'appropriation de la richesse par les "super riches".
Et malheureusement , si même nous en étions capables, qu'adviendrait-il alors d'une société dont toute l'économie est fondée sur l'appât de la consommation ?
Une quadrature du cercle qui me fait de plus en plus peur.